- Introduction
- Les "années 80"
- Les musées du 20ème siècle installés dans des lieux historiques ou industriels
- Charte Internationale sur la Conservation et la Restauration des Monuments et des Sites (extraits)
- Quelques exemples de musées installés dans de édifices historiques à partir des années 80
- Les musées dans des édifices chargés d’une mémoire sociale ou industrielle

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               Rénovations, réhabilitations, extensions et reconversions

 

Rénovations de musées et reconversions de bâtiments patrimoniaux et industriels en musées sont un des aspects de la « fièvre muséale » qui s’empare des années 80, en France et en Europe. Le début de ce renouveau créatif est marqué en 1977 par l’inauguration du Centre Georges Pompidou. En 1985, la mutation de la Gare d’Orsay marque un temps fort dans la politique de reconversion des bâtiments industriels.
 Dans ce deuxième « âge d’or » de l’architecture des musées, les chantiers se succèdent et se répartissent en plusieurs catégories :

Le Musée des Beaux-arts de Rouen, le FRAC (Fonds Régional d’Art Contemporain) de Haute-Normandie, et le Musée Malraux, successivement rénovés et restructurés en 1994,  1998 et 1999, sont exemplaires de ce vaste mouvement initié dans les 2 dernières décennies du 20ème siècle.


Les « années 80 » 
          

Les années 80, souvent considérées comme « décennie culturelle » en France aussi bien qu’en Europe, constituent une étape importante dans l’histoire des musées du 20ème siècle. Ces années furent marquées par des changements notables dans le domaine des politiques culturelles des pays et par un accroissement spectaculaire, voire exponentiel, des projets de création, rénovation et extension muséales.
Amorcée dans les décennies précédentes, avec la création de maisons de la culture et de centres d’action culturelle en France,  la réflexion sur les musées, associée à la notion de développement et de démocratisation de la culture ( destinée à permettre au plus grand nombre l’accès à la culture) va engendrer un certain nombre de changements qui auront une incidence sur le rôle des musées, nouvellement redéfini par les stratégies municipales, et sur leur architecture.
Ces changements, qui s’appuient sur les projets politiques de décentralisation et de revalorisation territoriale, sont également le fruit des infléchissements des missions du Ministère de la Culture. Selon le décret no 82-394 du 10 mai 1982 modifié, relatif à l’organisation du Ministère de la Culture , celui-ci a pour mission dorénavant : « de permettre à tous les Français de cultiver leur capacité d'inventer et de créer, d'examiner librement leurs talents et de recevoir la formation artistique de leur choix ; de préserver le patrimoine culturel national, régional, ou des divers groupes sociaux pour le profit commun de la collectivité tout entière ; de favoriser la création des œuvres d'art et de l'esprit et de leur donner la plus vaste audience ; de contribuer au rayonnement de la culture et de l'art français dans le libre dialogue des cultures du monde."  
Ce décret, mettant l’accent sur l’élargissement culturel et prêtant une attention particulière à la création individuelle, confère également à la politique culturelle une dimension économique. La politique des « Grand Travaux » (Musée du Grand Louvre, Opéra Bastille, Cité de la musique),  le doublement du budget du Ministère de la Culture, le soutien aux industries culturelles, aux artistes, aux  institutions et aux professions artistiques, s’inscrivent dans cette double démarche, économique et culturelle. Cette interaction économie/culture – souvent controversée – inspirera à plus ou moins court terme, les autres pays d’Europe.
De ces nouvelles orientations politiques, sociales, culturelles et économiques, émergera une extraordinaire effervescence créatrice et une nouvelle réflexion muséale : une place plus importante sera donnée aux artistes contemporains au sein des institutions muséales et l’on assistera également au développement de la notion de médiation,  à une prise en compte plus « volontariste » des publics, et à un effort essentiel porté à la communication vers ce public dans sa diversité.
 Les missions d’accueil des musées se traduiront pour les architectes par une configuration spécifique des entrées ou des abords. De nouvelles typologies des espaces et divers aménagements s’imposeront également pour répondre aux nouvelles nécessités sociales et seront inscrits dans les programmes de construction ou de rénovation : espaces de détente ouverts sur l’extérieur, parcs de stationnements, garderies, librairies, auditorium, espaces de restauration et espaces commerciaux, espaces et services éducatifs, ateliers de pratique artistique…
L’idée de musée ayant évolué et au-delà de sa vocation initiale  toujours en vigueur ( lieu de « mémoire », avec une mission de conservation, d’histoire, de recherche et d’étude) le musée deviendra au cours de ces décennies un lieu de rencontre et de parcours qui imposera de nouvelles contraintes spatiales et de nouveaux dispositifs techniques dont architectes et muséographes auront à  tenir compte. La mise en œuvre de la relation « œuvre-spectateur » donnera lieu à l’invention de nouveaux cheminements, de nouvelles conditions de monstration et d’accrochage. De nouveaux concepts d’éclairage muséographique et de mises en scènes dans lesquelles se combineront lumière artificielle et lumière naturelle, avec une préférence pour la lumière « vivante », l’apport zénithal et les couvertures transparentes, créeront ainsi de nouvelles conditions de visites et un nouveau regard sur les œuvres.
Tous les projets, initiés à cette époque,  qu’ils procèdent de la restauration d’un édifice existant, de la transformation et du changement de destination d’un espace ou de l’édification d’un bâtiment neuf, traduiront dans leurs typologies des espaces ces nouvelles approches de la conception muséale. Ces choix structuraux et fonctionnels s’associeront encore souvent à différentes règles muséographiques   issues des principes modernistes comme la flexibilité, la transparence et la neutralité des espaces d’accrochage.

Les musées du 20ème siècle installés dans des lieux historiques ou industriels

L’action engagée par le ministère de la Culture pour le développement et la rénovation des musées sera assumée par la Direction des Musées de France. Dans les régions, en relation étroite avec les Directions régionales des affaires culturelles, cette politique se fondera sur les analyses et les propositions de la Direction des musées et sur la mission d’assistance et de contrôle de l’Inspection générale des musées classés et contrôlés. Cette mission visera donc quatre objectifs prioritaires : la rénovation des installations, l’enrichissement et la conservation des collections, l’élargissement et la diversification du public, l’amélioration des services proposés et l’évolution des métiers dans les musées.

Amorcées dans les années 50 par les initiatives de l’architecte italien Carlos Scarpa qui apporta une contribution décisive à l’architecture et à la muséographie en s’immisçant dans des édifices historiques (extension de la Gypsothèque de Canova à Possagno, restructuration du Castelvecchio de Vérone ) les entreprises de rénovation de musées anciens ou d’édifices historiques et industriels sont soumises à des contraintes spatiales et légales particulières et sont souvent accompagnées par les services des Monuments historiques.
En effet, la démarche de l’architecte diffère radicalement s’il intervient dans un édifice historique ou s’il construit un bâtiment neuf. Alors que dans le cas d’une création, l’architecture naît du programme, dans celui d’une rénovation  «  l’impact de l’existant prévaut et ses contraintes imposent de jouer les «  bernard l’ermite » quitte à « forcer » la bâtisse pour y installer le programme et la muséographie » (25 musées  amc Le moniteur  Christine Desmoulins collection « 25 réalisations » groupe moniteur, éditions du moniteur,2005). Les lois régissant les modalités de conservation et de restauration du patrimoine sont également à prendre en compte. Le décret du 10 Mai 1982 fait référence à la  « préservation du patrimoine culturel, national ou régional ». ». En Mars 1993, il sera enrichi  d’un nouveau décret selon lequel « Le ministre de la culture a pour mission de rendre accessibles au plus grand nombre les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, et d’assurer la plus vaste audience à notre patrimoine ». Ces  références au patrimoine puisent leurs sources dans le texte érigé à Venise en 1964 par le IIe Congrès international des architectes et des techniciens des monuments historiques, et adopté par ICOMOS en 1965, la « Charte Internationale sur la Conservation et la Restauration des Monuments et des Sites », dite « Charte de Venise » Site :http://www.icomos.org/docs/venise.html


Charte Internationale sur la Conservation et la Restauration
des Monuments et des Sites (extraits)

Chargées d'un message spirituel du passé, les œuvres monumentales des peuples demeurent dans la vie présente le témoignage vivant de leurs traditions séculaires. L'humanité, qui prend chaque jour conscience de l'unité des valeurs humaines, les considère comme un patrimoine commun, et, vis-à-vis des générations futures, se reconnaît solidairement responsable de leur sauvegarde. Elle se doit de les leur transmettre dans toute la richesse de leur authenticité. Il est dès lors essentiel que les principes qui doivent présider à la conservation et à la restauration des monuments soient dégagés en commun et formulés sur un plan international, tout en laissant à chaque nation le soin d'en assurer l'application dans le cadre de sa propre culture et de ses traditions.

CONSERVATION

Article 6.
La conservation d'un monument implique celle d'un cadre à son échelle. Lorsque le cadre traditionnel subsiste, celui-ci sera conservé, et toute construction nouvelle, toute destruction et tout aménagement qui pourrait altérer les rapports de volumes et de couleurs seront proscrits.
Article 8.
Les éléments de sculpture, de peinture ou de décoration qui font partie intégrante du monument ne peuvent en être séparés que lorsque cette mesure est la seule susceptible d'assurer leur conservation.

RESTAURATION

Article 9.
La restauration est une opération qui doit garder un caractère exceptionnel. Elle a pour but de conserver et de révéler les valeurs esthétiques et historiques du monument et se fonde sur le respect de la substance ancienne et de documents authentiques. Elle s'arrête là où commence l'hypothèse, sur le plan des reconstitutions conjecturales, tout travail de complément reconnu indispensable pour raisons esthétiques ou techniques relève de la composition architecturale et portera la marque de notre temps. La restauration sera toujours précédée et accompagnée d'une étude archéologique et historique du monument.
Article 10.
Lorsque les techniques traditionnelles se révèlent inadéquates, la consolidation d'un monument peut être assurée en faisant appel à toutes les techniques modernes de conservation et de construction dont l'efficacité aura été démontrée par des données scientifiques et garantie par l'expérience.
Article 12.
Les éléments destinés à remplacer les parties manquantes doivent s'intégrer harmonieusement à l'ensemble, tout en se distinguant des parties originales, afin que la restauration ne falsifie pas le document d'art et d'histoire.
Article 13.
Les adjonctions ne peuvent être tolérées que pour autant qu'elles respectent toutes les parties intéressantes de l'édifice, son cadre traditionnel, l'équilibre de sa composition et ses relations avec le milieu environnant.

SITES MONUMENTAUX

Article 14.
Les sites monumentaux doivent faire l'objet de soins spéciaux afin de sauvegarder leur intégrité et d'assurer leur assainissement, leur aménagement et leur mise en valeur. Les travaux de conservation et de restauration qui y sont exécutés doivent s'inspirer des principes énoncés aux articles précédents.

 

Quelques exemples de musées installés dans de édifices historiques à partir des années 80 :

Un édifice privé, à vocation non muséale : l’Hôtel Salé, vieille demeure du 17ème siècle située dans le Marais à Paris, restauré et converti en musée : le Musée Picasso, ouvert au public en 1984.


Hôtel Salé ( www.flickr.com)

Des musées installés dans des édifices publics : châteaux royaux ou ducaux ( Blois, Moulins) ou dans des palais d’évêque ou de gouverneurs ( Beauvais, Evreux, Caen, Troyes …)


Musée d’Evreux (www.amis-musees.fr)

Des rénovations de musées déjà existants :

Une des plus célèbres : La rénovation - extension- restructuration du Musée du Louvre par IOEI Ming PEI en 1988


Musée du Louvre
(www.pbase.com/ericdeparis/image)

En Province :
Le Palais des Beaux-arts de Lille, datant de 1892, de style néo-classique, rénové par les architectes Jean-Marc Ibos et Myrto Vitart entre 1991 et 1997.
Le Musée des Beaux-arts de Nantes, rénové  par Claude Evano depuis 1982.
Le Musée des Beaux-arts de Lyon, rénové par Philippe Dubois et Jean-Michel Wilmotte  et rouvert en 1995.
Le Musée des Beaux-arts de Rouen, dont la rénovation effectuée par Andrée Putman, Bernard Torchinsky et Jean-Paul Rouchez s’est terminée en 1994.             


Musée des Beaux-arts de Rouen (collection personnelle)

Le Musée Malraux, construit en 1961, rénové en 1999 par Laurent et Emmanuelle Beaudouin, Sandra Barclay et Jean-Pierre Crousse et réaménagé en 2005.


Le Musée Malraux (fr.wikipedia.org)

Plus récemment et dans le monde :

le MOMA ( Museum of Modern Art ) de New York ,  qui vient de terminer sa plus importante restructuration avec l’architecte Yoshio Taniguchi


Museum of Modern Art
(collection personnelle)

  1. la restructuration du Victoria & Albert Museum à Londres par Daniel Libeskind
  2. la rénovation du  Musée Thyssen-Bornemisza à Madrid ( 1992 : Rafael Moneo – 2005 : Manuel Baquero Briz)


Les musées dans des édifices chargés d’une mémoire sociale ou industrielle

Après les palais et les couvents, les musées investissent également les lieux chargés d’une mémoire sociale et industrielle liée à l’histoire même des villes où les modes de vie économiques évoluent. Ils servent alors un
«  projet de monument » qui fait vivre le patrimoine et la mémoire collective et souligne l’importance du contenant.

En 1985, la mutation de la Gare d’Orsay marque un temps fort qui anticipe l’installation de la Tate Modern dans une ancienne centrale électrique de Londres ou celle des sculptures des musées capitolins dans la Centrale Montemartini à Rome. (25 musées  amc Le moniteur  Christine Desmoulins collection « 25 réalisations » groupe moniteur, éditions du moniteur, 2005).

Gare et musée d’Orsay (1985)
Tate modern de Londres (2000)
Piscine-musée de Roubaix  (2001)

( L’odyssée des musées – Béatrice Fontanel – Editions de la Martinière Paris 2007 – photographies Peter Marlow 1995)

L’installation du FRAC de Haute-Normandie, en 1998, dans un ancien magasin de dépôt et réparation de la TCAR s’inscrit dans cette même démarche visant à valoriser le patrimoine industriel tout en donnant un contenu vivant aux musées et centres d’art qui deviennent ainsi des vecteurs de communication essentiels pour les villes .


FRAC de Haute-Normandie (collection personnelle)


Rappel des  définitions :
Rénovation : remise à neuf de l’immeuble avec conservation de sa fonction.
Réhabilitation : gamme d’actions plus ou moins importantes pour rendre à l’ouvrage ses capacités d’usage ou changer sa destination. La réhabilitation c’est la réutilisation de structures bâties qui conserve les éléments constitutifs de cette structure en particulier les éléments porteurs, le clos, le couvert. On parle de réhabilitation si on peut conserver la structure spatiale de l’édifice (voir aussi : reconversion).

                                                                                            Annie Boulon-Fahmy  Mai 2008