- Le musée des Beaux-Arts de la ville de Rouen
:

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- Le château-musée de Dieppe :

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- Le FRAC Haute-Normandie :

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- Le musée Giverny :

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- Le musée Malraux du Havre :

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       LE MUSÉE DES BEAUX-ARTS de la ville de ROUEN

Esplanade Marcel-Duchamp   Entrée handicapés 26, rue Lecanuet  76000 Rouen

www.musees-haute-normandie.fr




(Archives de la ville de Rouen)

Le Musée des Beaux-arts de Rouen construit entre 1880 et 1888 est un exemple caractéristique de Palais des  Beaux-arts  comme il en exista de nombreux dans la seconde partie du 19ème siècle.
Bien que correspondant par sa diversité de styles aux tendances éclectiques du 19ème, son architecture n’en demeure pas moins essentiellement classique et assez sobre, et sa volonté de grandeur et de solennité – répondant en cela aux attentes d’une bourgeoisie soucieuse de reconnaissance et de prestige  – ne cède pas pour autant aux effets et à une démesure prétentieuse.
Ses proportions élégantes,  l’agencement symétrique de ses bâtiments, son large escalier d’accès, l’ordonnance de ses espaces intérieurs et  leur décor intégré (balustrades et statues, colonnes et pilastres, décor peint de Puvis de Chavannes …) lui confèrent une forte personnalité architecturale tout en conservant des dimensions à l’échelle humaine.

Institué par le décret Chaptal du premier septembre 1801  comme la plupart des musées du 19ème ses collections sont issues de la fermeture des établissements religieux consécutive à la Révolution Française. Lorsque la collection s’accroit, le maire de Rouen commande à l’architecte Louis Sauvageot un projet pour un édifice digne de recevoir cette collection dite «  de premier mérite, la plus complète de France après Paris … »

Après avoir restauré de nombreuses églises de Normandie (églises de Saint-Jacques de Dieppe, Saint-Godard de Rouen, l'église de Caudebec) ainsi que  le Gros Horloge, Louis Sauvageot, qui fut l’élève  de Viollet-Le-Duc,  successivement architecte diocésain de Rouen, Nantes et Beauvais, architecte de  la ville de Rouen de 1871 à 1882, Inspecteur général des édifices culturels, puis Inspecteur général des Monuments historiques jusqu’à sa mort, entreprit ce chantier qui permit d’ouvrir une première aile du Musée en 1880 et l’ensemble du bâtiment (comprenant le musée et la bibliothèque attenante) en 1888.

Cent ans plus tard, une rénovation et une restructuration complètes du Musée furent  confiées par la mairie de Rouen et Jean Lecanuet à une équipe de trois architectes : André Putman, Bernard Torchinsky et  Jean-Paul Rouchez.

L’atelier d’architecture Chantal Bernier-Bernard Torchinsky sera chargée des travaux de gros œuvre , Andrée Putman  (www.andreeputman.com/) avec le groupe Ecart International, de l’architecture intérieure. Un vaste programme de restauration des collections, soutenu par le mécénat d’entreprises, complètera cette opération.

Les travaux  dureront 7 ans et le Musée rouvrira ses portes le 22 Juin 1994,  inauguré par le Maire François Gautier.

 


Permis de construire  plan n°11 (archives de la ville de Rouen)

Rénovation, extension et restructuration du Musée : 1987/1994 

Le Musée, peu altéré dans son apparence extérieure, avait en revanche subi les dommages de la seconde guerre mondiale et de «  graves contresens muséographiques* » (*Les musées en chantier Jean Lacouture RMN 1991).

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Le musée en 1989 (photographies Guillaume Painchault)

La campagne de rénovation obéit à un double souci de réhabilitation et de complément. La réhabilitation avait pour objectif de restituer aux salles et aux galeries leur volume d’origine, à retrouver transparences et perspectives et à donner aux deux cours intérieures (jadis cours en plein air, elles étaient devenues des ateliers de maintenance et étaient fermées au public) une fonction muséographique : jardin de sculptures et salle d’exposition temporaire. Le complément consistait à doter le musée des services qui lui manquaient : auditorium, atelier d’enfants, librairie, cafeteria, et équipements nécessaires à la présentation des collections.

Promenade dans le Musée des Beaux-arts de Rouen, avec Jean Lacouture, en 1991 (extraits choisis)

Et voici Rouen où François Bergot, l’un des chefs de file d’une génération de conservateurs qui a donné à ce vocable un sens très nouveau, bouleverse sagement, réhabilite hardiment le très célèbre musée des Beaux-arts.
Enfin la Tour où Jeanne d’Arc se vit montrer, par des bourreaux, les instruments de torture et l’admirable palais de Justice, entre les beaux hôtels qui abritent les précieux musées des faïences et de la ferronnerie, le bâtiment du square Verdrel ne saurait contribuer par lui-même à la gloire d’une ville aussi belle : néo-classique, post-baroque ? C’est en 1880 qu’un élève de Viollet-le-Duc l’édifia, égayant la façade d’une colonnade à tout prendre harmonieuse. Plutôt que de casser cet objet incertain, le conservateur a choisi lucidement de la réhabiliter. Réhabilitation qui relève moins de la chirurgie esthétique que de la chirurgie générale.
A partir d’un vestibule solennel et de deux galeries adjacentes qu’un siècle de manipulations avait cloisonnées, concassées, comprimées comme une centrale pénitentiaire en proie à la surpopulation carcérale, le conservateur a su persuader le maire de Rouen de lui donner les moyens de réinventer un « cœur du musée ». Lequel s’ordonne autour de deux grandes cours couvertes de vitrages très architecturés, qui seront de merveilleux pièges de lumière, l’un transformé en jardin de sculpture, l’autre en galerie d’exposition temporaire. Au fond de ce « jardin », l’immense Hommage à la Seine de Raoul Dufy égaiera de son faste jovial un concile de statues austères où l’Oreste de Simart, porté aux nues par Ingres, fait face à un Géricault présentement décapité.
Au milieu des staffeurs chantonnant Brassens et des électriciens démêlant leurs écheveaux mystérieux qui contribueront demain à la mise en gloire du Caravage ou de Vélasquez, on va à travers ces galeries béantes où les recherches de couleur (blanc cassé, coquille d’œuf, gorge de pigeon, beige ocré ?) vont de pair avec les parquets de chêne. Et se dévoilent des perspectives qui permettront bientôt d’assurer leur plénitude expressive au Trajan de Delacroix, à l’Hercule de Puget ou à la Vierge entre les vierges de Gérard David. Les remodelages actuels permettront de donner plus d’espace à chacun de ces chefs-d’œuvre, de ne pas encombrer les cimaises. Mais pour que les visiteurs ne soient pas frustrés, François Bergot va créer un « département de réserves montrables », auquel auront accès les visiteurs du musée aussi bien que les spécialistes et les chercheurs : initiative qui ne saurait manquer d’être reprise par nombre de ses collègues….. 

…. Entre un Ribeira et un Poussin, on peut aussi parler des rapports entre la ville, en tant que pouvoir, et le musée. Ils sont bons. Confrontés aux plans audacieux du conservateur-rénovateur, M. Jean Lecanuet a vite maîtrisé son effroi et offert une coopération généreuse. Le budget est énorme (…) Mais un homme public aussi averti que le sénateur normand sait bien que sa vieille et splendide cité a passé depuis bien des siècles un pacte avec le génie et que ni Corneille, ni Géricault, ni Villon ne vont sans un accompagnement digne d’eux. Cas exceptionnel que celui de ce maire, ancien professeur de philosophie ? La presque totalité des élus qui ont la charge des affaires culturelles au sein de leur municipalité ont pris conscience de l’importance de ce facteur dans le développement économique et l’harmonisation sociale de leur ville. De Nantes à Lyon, de Grenoble à Toulouse, d’Arles en Avignon, la convergence se porte bien entre les stimulateurs esthétiques et les pouvoirs municipaux.
Car il ne s’agit pas seulement de remodeler hardiment un musée comme celui de Rouen, ou d’y faire entrer, par l’achat, le dépôt, ou la saisie en douane qui a permis d’accrocher sur ses cimaises un beau Degas, par la dation, ou même le don ( il en est de fameux ici, notamment ceux de François Depeaux, de H. et S. Baderou, de Tatiana Collin), un nombre croissant de chefs-d’œuvre ou d’ouvrages significatifs ; il s’agit d’insérer le musée dans la ville, ou l’environnement, et d’en faire un lieu de connaissance claire et libre …

                                      * Les musées en chantier Collection Enjeux-culture Texte de Jean Lacouture RMN 1991

Quelques plans et croquis figurant dans le permis de construire de la rénovation (archives de la ville de Rouen) :

Implantation du musée dans la ville
Croquis de façade et  verrières
Plan des toitures avec verrières
plan des salles 1er niveau
Coupe longitudinale

Les grandes lignes de la réhabilitation effectuée sous la houlette d’Andrée Putman.
(Synthèse de la présentation de Laurent Salomé et  du texte de Jean Lacouture)


Andrée Putman : extraits de « Andrée Putman, la justesse du Style » www.seniorplanet.fr/mag/andree-putman-la-justesse-du-style : «  parvenir à un espace qui fait écho à son propre silence et libère les émotions »
Andrée Putman,  architecte d’intérieur, décoratrice et designer, se défend de ces titres et  se définit  elle-même comme «  quelqu’un du Style » « Je m’introduis » dit-elle « dans les projets et j’essaie de leur donner du caractère. S’il n’y avait qu’un mot à dire, c’est que j’aime INTERVENIR » Sincérité, « non-usage » de la couleur ( j’aime tant l’art, dit-elle, que je veux réserver aux seuls artistes que j’accroche dans mes aménagements l’occasion de travailler avec de la couleur), respect de l’intimité, vérité, résistance au temps et aux modes, modernité et concept, semblent être les valeurs, choix plastiques et conceptuels que véhiculent ses réalisations, à travers l’Europe et le monde. Elle est intervenue auprès de BHV, Monoprix, Prisunic (meubles en acier) les Trois Suisses (linge de maison), entre autres, en tant que designer. Elle réalisa aussi nombre de demeures privées, hôtels  tel que le Morgans Hotel, le Sheraton de Paris Poissy, des restaurants, des boutiques, en tant qu’architecte d’intérieur. Elle réalisa également des réhabilitations, des scénographies et des aménagements de musées (CAPC de Bordeaux ;  Guggenheim de New-York, Musée des Beaux-arts de Rouen).

La rénovation, effectuée en deux temps, 1989 et  1992, se fit donc, d’après Laurent Salomé, l’actuel conservateur du Musée,  selon le style propre à Andrée Putman : celui d’ « une intemporalité classique » dans un très grand  respect du bâtiment existant et en alliant, avec intelligence et raffinement, architecture de décor et fonctionnalité.
Le réaménagement des espaces intérieurs, les décloisonnements et la restauration des cours intérieures permit au musée d’accroître sa surface totale du quart de la superficie initiale .C’est ainsi que le musée se vit doté de 64 salles, aux volumes variables. Dimensions et hauteurs de plafond restent cependant modérées, ce qui, selon son conservateur actuel est plutôt un atout.

La restructuration se conforma donc aux nouveaux modèles de logique interne propres aux musées des années 80 en accordant une attention particulière aux publics, à leur accueil et aux fonctions pédagogiques et créatrices ( création d’une banque d’accueil - dont la place est aujourd’hui questionnée par Laurent Salomé-  d’un restaurant – qui ne sera mis en fonction que récemment - , d’un service des publics et d’ateliers artistiques - qui, occupant le 1er niveau en rez-de jardin, rétablissent ouverture et lien avec l’extérieur et le square Verdrel - , d’une réserve visitable, d’un auditorium - à l’accès complexe par manque de place-  et enfin d’une librairie, trop vaste, semble-t-il, au mobilier dessiné par Andrée Putman).

L’ « intemporalité classique  » d’Andrée Putman se traduira également par des choix de matériaux nobles et sobres : les parquets de chêne clair  participent à la nouvelle clarté des lieux, les gammes de coloris des salles (modulations douces dans des camaïeux de beige, gris et blanc cassé : « coquille d’œuf, gorge de pigeon, beige ocré » …)  interprètent avec élégance  le parti du mur clair, voire blanc, cher aux années 80. Laurent Salomé, en réintroduisant la couleur dans ses choix muséographiques de monstration, choisira un parti résolument différent. Il s’en explique dans les textes qui suivent plus spécifiquement consacrés à la muséographie actuelle.

La question de la lumière, naturelle et artificielle, sera  soignée dans ses moindres détails par Andrée Putman  en suivant les principes de l’époque : lumière naturelle zénithale privilégiée grâce à la construction ou la  restauration de nombreuses verrières et sous-verrières ( en particulier celles qui surplombent majestueusement les deux grandes cours ) et grâce à la réouverture de  fenêtres auparavant condamnées ( les grandes fenêtres de l’aile ouest, donnant sur le square, bénéficieront, à cet effet, d’un compromis entre transparence et opacité par la pose de voilages moirés qui, selon Laurent Salomé, n’aboutissent qu’à un résultat contestable puisque la lumière est insuffisamment filtrée).

Les années 80/90, avaient banni tout recours aux «  spots » et aux éclairages directs. Fidèle à ces principes, Andrée Putman fit le choix, pour ses éclairages artificiels, d’un éclairage indirect par le biais d’appliques et de luminaires élégants, toujours en fonction aujourd’hui mais auxquels il est toutefois reproché par-delà leurs qualités esthétiques incontestables, une trop faible intensité lumineuse et un blanchiment général des couleurs et des atmosphères.

Verrières et luminaires

Grande verrière du Jardin des sculptures                        (présence de gouttières attestant de l’extériorité initiale de la cour)               
Façade intérieure du jardin portant les traces des verrières intermédiaires
                         A la nuit tombante : les luminaires dessinés par Andrée Putman (collection personnelle)


De nouvelles salles, de nouveaux aménagements pour les publics dans leur diversité …


Les points forts de la politique muséographique de Laurent Salomé :

(Extraits de l’entretien du 20 Mars et de la journée d’études du Mardi 6 Mai à l’IUFM de Mont Saint Aignan)

Laurent Salomé est Directeur du Musée des Beaux-arts et des Musées de la ville de Rouen depuis 2001, après avoir été adjoint au Directeur du Musée de Grenoble, puis Directeur du Musée des Beaux-arts de  Rennes de 1995 jusqu’à son arrivée à Rouen. Il a été également conservateur en chef du patrimoine et est auteur et co-auteur de nombreux ouvrages et textes sur l’art (La Mythologie de l’Ouest dans l’art américain – 1830-1940  Sylvana Editoriale 2007 ; Les curieux philosophes de Velasquez et de Ribera  Fage Edition ISBN 2006 ;   Les Impressionnistes - Musée des Beaux-Arts de Rouen  RMN  2003 ; Denis Godefroy  SOMOGY  Edition d’arts   2003  etc…)
Le musée de Rouen lui doit de grandes expositions temporaires dont certaines eurent un rayonnement international (La mythologie de l’ouest dans l’art américain 2007-2008 ; Génie de Bologne 2006-2007 ; Miroirs du temps (chefs-d’œuvre des musées de Florence) 2006 ; Trois siècles d’art brésilien 2005 ; Champ de vision 2004 2005) D’autres évènements, s’inscrivant dans la dynamique d’ouverture à l’art contemporain annoncée par Laurent Salomé dès son arrivée, ont pris le parti de bousculer les habitudes et les habitués du musée (achat de Caterpillar de Wim Delvoye … ; commande à Felice Varini d’ « Escalier nord et Escalier sud »  ;  exposition Bertran-Berrenger en 2006 2007 ; Pierre-Claude de Castro et Alain Sonneville, veilleurs de nuit dans les musées, en 2007 , …) et de réinscrire l’histoire du Musée dans son rapport à « l’art en train de se faire » comme ce fut le cas au début du 20ème quand il accueillit en 1909, après quelques hésitations, les toiles impressionnistes de la donation Depeaux.. L’ouverture récente de la « salle Duchamp » poursuit cette série de mutations auxquelles viendra peut-être s’ajouter la création « d’un grand département d’art moderne et contemporain à l’horizon 2011, dans les 5 000 m2 libérés par le départ de la bibliothèque municipale »


                                                                                                       (Le Journal des Arts - n° 212 - 1 avril 2005)

Lorsque Laurent Salomé prit la direction du musée en 2001, l’édifice tel qu’il était devenu depuis sa réhabilitation avait 7 ans. Il en apprécia d’emblée les qualités de praticabilité et d’intimité, sans cette démesure destinée à « écraser le visiteur » courante dans les musées-palais du 19ème, qualités servies par les partis de la rénovation avec son respect des volumes et des perspectives et sa préservation des grandioses. L’architecture symétrique et la déambulation de part et d’autre des cours intérieures, la variété volumétrique : salles de dimensions humaines, galeries, petits cabinets –   pour des expositions plus pointues et plus intimes - alternant avec des espaces plus prestigieux comme celui du Jardin des sculptures  et celui de la salle du Jubé avec ses grands formats (salle qui est, selon lui, un très bel exemple de réinterprétation réussie d’un espace classique), sont autant de points forts sur lesquels il dit s’être appuyé avec aisance dans ses nouvelles conceptions. Il profita également d’un avantage non négligeable selon lui résidant dans la vocation première des musées anciens , celle d’être avant tout « des machines à accrocher les œuvres » et de proposer de nombreux et simples murs à la monstration, facilitant , lorsqu’il s’agit d’œuvres du passé, la découverte et « la sérénité du regard ».
Partant de cette situation facilitatrice, il n’en conçut pas moins de nouvelles stratégies, s’appuyant sur des partis personnels forts et suivant en cela les évolutions contemporaines de la muséographie.

Sa réflexion et ses remises en question actuelles s’organisent autour de plusieurs axes :

la présentation des collections et les conditions de monstration : Laurent Salomé rétablit la chronologie pour faciliter la lisibilité des collections, en en marquant cependant l’accès d’un signe fort qui ouvre le parcours sur la question éventuelle de la fin de l’art, avec le porte-bouteilles de Marcel Duchamp et son ombre portée, dessinée par André Raffray ; les peintures impressionnistes de la donation Depeaux réintègrent l’aile ouest avec vue sur le square Verdrel comme l’avait souhaité le donateur ;  un meilleur accès visuel est également favorisé par des niveaux d’accrochage moins élevés ; la restauration de cadres anciens dans le but de présenter les tableaux dans leurs conditions d’origine remet en question les partis pris des décennies précédentes .

L’entrée des collections (collection personnelle)

Restauration , à la feuille d’or, du cadre du tableau «  Le martyre de Ste Agnès » de Joseph-Désiré Court (Collection personnelle)


- L’éclairage des œuvres est également repensé et le « spot », et son éclairage direct longtemps banni, est  rétabli avec  mesure afin de  corriger les effets atmosphériques  blanchâtres générés par la trop grande émission de rayons lumineux  et  la  conjugaison : lumière naturelle / éclairages indirects  et couleurs ambiantes des murs et des sols.

-    La question de la couleur des salles et des murs, sujet fondamental en muséographie, est réexaminée et fait l’objet d’expérimentations intensives. Les gammes chromatiques d’Andrée Putman , tout en appartenant à son vocabulaire stylistique personnel, correspondaient également au parti du « mur blanc » adopté par la muséographie française depuis plusieurs décennies ( à l’inverse des pays anglo-saxons et américains moins effrayés, semble-t-il, par la couleur). Laurent Salomé prend résolument le parti de recolorer le musée. En créant des ruptures nettes de couleurs d’une salle à l’autre, en utilisant des couleurs saturées, tranchées, il rythme le parcours et réintroduit du sens historique et une certaine qualité de vision par le pouvoir suggestif et symbolique des couleurs.


Salle du Jubé : rouge pompéien et éclairage franc - combinaison de lumière artificielle
(spots halogènes situés dans les  gorges du plafond)  et lumière naturelle provenant de la verrière. (rouen.blogs.com)

C’est ainsi que seront expérimentés des rouges « pompéiens » ou « napoléon III » dans la salle du Jubé, un gris violet dans la salle Velasquez (de ce gris qui « fonctionne bien » avec les teintes brunes des peintures espagnoles) et dans la salle Poussin , des verts dans les galeries, des jaunes d’or dans les salles d’expositions temporaires…

Des rouges sang...
Des gris violet, des jaunes d’or
               Cloisons dans la cour intérieure des expositions temporaires (Collection personnelle)


- L’art contemporain dans le musée : confrontation avec les collections anciennes, mise

 en tension ou écrasement du temps et des valeurs
 L’arrivée de Laurent Salomé  est marquée par l’entrée de l’art contemporain dans le musée (entrée annoncée par l’exposition « De Bonnnard à Buren » en 2001 initiée par Claude Pietry , conservateur(e) l’ayant précédé ) et correspondant à une volonté affichée « d’être en prise directe avec la scène artistique internationale ».

L’achat d’œuvres contemporaines destinées à dialoguer avec des œuvres plus anciennes s’incrit dans cette même démarche : Caterpillar de Wim Delvoye cohabitant avec la  maquette de l’église St Maclou dans la salle du 16ème siècle  ou encore faïence de l’autrichien Elmar Trenkwalder  (Pièce provenant de l’exposition Contrepoint du Louvre en 2006) dont les crêtes végétales effleurent la base du paysage Inter Artes et Natura peint par Puvis de Chavannes au 19ème siècle, au sommet du grand escalier d’honneur.


Elmar Trenkwalder (Collection personnelle)

De même, les expositions temporaires, la création de la « salle Duchamp » en 2007 ou l’installation commandée  à Felice Varini en 2003 ( cf. : « les artistes et les musées » ) témoignent de ce regard attentif porté par Laurent Salomé à la création contemporaine.

Projets et aménagements en cours
Le musée des Beaux-arts de Rouen est en marche grâce à l’énergie insufflée par Laurent Salomé et ses collaborateurs.
Des évènements importants se profilent à des horizons immédiats ou plus lointains : très bientôt l’inauguration de la pose du grand tableau  «  Le martyre de Ste Agnès » de Joseph-Désiré Court ( 812 cm x 469 cm), véritable « peplum » panoramique  peint pour le grand escalier de l’Hôtel de ville de Rouen et restauré par le musée après un long séjour dans ses réserves, et plus tard un projet de collection contemporaine dans la surface future occupée actuellement par la bibliothèque, après une deuxième restructuration…

Des réflexions se poursuivent également : …pour améliorer les aménagements des espaces d’accueil, l’auditorium et la librairie ... redonner, peut-être, au vestibule sa solennité d’antan en rouvrant les perspectives sur l’escalier, actuellement rompues par une banque d’accueil étonnamment mal positionnée  …. restaurer (ou non) les statues imposantes des deux rouennais prestigieux (Poussin et Anguier) qui nous accueillent depuis la création du musée puisqu’elles sont partie intégrante de l’architecture, statues  malmenées par le temps et un sablage maladroit  … enfin  doter l’auditorium d’un espace d’accueil digne du public et de la qualité des évènements, colloques et conférences qui y sont présentés ….

L’actuelle banque d’accueil, entre l’entrée et l’escalier
Les deux statues marquant l’entrée

Restauration en cours du «  Martyre de Ste Agnès » (Collection personnelle)

 

A.Boulon-Fahmy - Mai 2008